Histoire comparée du campus d’Orléans – La Source

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Le choix de créer un campus pour l’université d’Orléans s’inscrit dans la continuité d’extension de l’espace des universités françaises. En effet, la place vient cruellement à manquer en centre-ville face à l’arrivée massive d’étudiants à l’université au début des années 1960. Le terrain choisi représente près de quatre cent dix hectares dont cent quatre-vingts pour le campus. Il est acquis par la ville et le département du Loiret en 1959 avec l’ambition de bâtir un « Oxford à la française ». Cette expression illustre toute l’ambition qui portait ce projet à ses origines.

La création d’un « campus »

Il s’agit en effet de privilégier la création d’un campus, notion qui renvoie à un lieu rassemblant un ensemble de fonctionnalités comme des logements, des lieux d’étude, de restauration, des bibliothèques etc. Le choix de placer ce campus en périphérie est à relier avec la recherche d’un espace assez vaste pouvant accueillir tous ces équipements, de façon excentrée mais tout en étant liés à la ville d’Orléans. Cette inspiration émane notamment des campus nord-américains, ce qui est donc relativement nouveau pour la France.

Plan large d’Orléans, illustrant le choix de La Source, située au sud de la Loire, excentrée du centre ville (1965-1966) – © Archives municipales d’Orléans

Les inspirations ayant mené au site universitaire que nous connaissons actuellement sont nombreuses. Elles recouvrent notamment la notion de campus et ses modalités, comme une ville autonome. De plus, le choix de construire une université dans un terrain encore quasiment nu a permis plus de libertés dans la création des bâtiments avec des aménagements modernes pour l’époque alliant des locaux spacieux au sein de pôles définis par discipline dans un environnement proposant un espace paysager et un lac artificiel.

Une inspiration originelle : le mythe d’un « Oxford à la française » ?

L’origine du projet trouve ses racines outre-manche, avec l’idée de créer un campus tel un « Oxford à la française » dans une optique de création d’une université plus vaste, agréable offrant tous les équipements que les étudiants recherchent. L’idée est que des pôles périphériques se démarquent vis-à-vis de Paris, « une sorte de succursale de l’Université de la Sorbonne ». Les expressions « Oxford à la française » ou « Oxford-sur-Loire » émanent de Pierre Sudreau, Ministre de la Construction. Aussitôt reprises par la presse, elles illustrent alors la volonté qu’était celle de bâtir un campus moderne, très ambitieux au lancement du projet. L’ambition de Pierre Sudreau était de faire de ce site le « premier grand campus universitaire européen » avec des amphithéâtres, des laboratoires, des résidences universitaires ou encore des bibliothèques. En somme, il s’agit de proposer à la fois des espaces de travail et d’étude et des lieux de vie et de détente pour les étudiants.

Un projet qui se veut ambitieux

Le projet a pu être à la fois inspiré d’Oxford dans la composition du campus mais aussi des modèles de campus américains. L’idée est de créer une université nouvelle ouverte sur une ville, cette dernière devant alors complètement s’intégrer au campus. Orléans n’est pas un cas unique mais possède une spécificité avec un double projet : la construction d’un nouveau quartier avec le campus ouvert, comme prolongement. 

Il s’agit d’imaginer des lieux universitaires qui permettent de structurer un espace plus large, c’est-à-dire une ville ou un quartier nouveau. L’idée est d’aménager une université d’un nouveau type, comme une cité périphérique, satellite au sein d’un terrain illustrant une certaine ampleur. Dans cette optique, la création du plan du campus a été confiée à Olivier-Clément Cacoub et les plans d’ensemble à Louis Arretche. Néanmoins, Orléans n’est pas la première ville française à avoir eu cette idée de créer un « campus ». En effet, l’exemple de la ville de Caen est à souligner au travers d’un projet porté par Henry Bernard et Edouard Hur, pensé dès la fin des années 1930. L’université sera totalement détruite pendant la Seconde Guerre Mondiale, lors des bombardements de 1944. Le projet du nouveau campus va s’inspirer d’autres sites déjà existants pour créer un espace moderne, agréable, en lien avec la nature tout en ayant vocation à être urbanisé. Ce site verra le jour dans les années 1950. A l’instar du projet orléanais, un discours symbolique et politique se développe aussi autour de ce projet, inscrivant ce dernier dans une continuité par rapport à la notion même de campus.

Orléans – Oxford : une convergence pas si évidente ?

L’aménagement du campus orléanais est un immense chantier pour matérialiser la jeune Académie, qui n’est plus dépendante de celle de Paris. Le but est d’attirer davantage d’étudiants grâce à l’espace qu’offrira l’université d’Orléans.  L’idée semble donc plus de se rapprocher de la réalité architecturale voire paysagère des campus nord-américains. Factuellement, le campus d’Orléans ne ressemble pas à celui d’Oxford même si nous pouvons retrouver l’idée d’un campus fonctionnel possédant tous les équipements nécessaires.  Toutefois, si l’on se réfère aux notions d’architectures, le but n’est pas de copier l’université britannique qui possèdent des bâtiments très symétriques, une unité stylistique et des « quadrangles fermés », tels des cloitres médiévaux, mais de penser à faire sortir de terre des bâtiments discontinus, ouverts, assez indépendants les uns des autres et surtout de moins en moins empreints d’une symétrie stricte.

L’ambition originelle de rapprocher le projet orléanais de celui d’Oxford semble ressembler à une aspiration répondant à un enjeu de communication, voulant donner un certain prestige à ce projet naissant. La réalité du terrain démontre que ce surnom demeurera idéaliste, telle une finalité que le campus ne sera jamais capable d’atteindre.

Extrait du Figaro littéraire (1962) – © Archives municipales d’Orléans

Une empreinte américaine omniprésente

L’université d’Orléans, de part ce choix de physionomie de cité nouvelle ouverte, s’inspire surtout de l’aménagement extérieur de certains campus américains. En effet, si l’on se réfère au projet d’origine, l’université possède un plan d’ensemble qui rappelle les campus américains notamment dans l’organisation du site avec la création d’un point d’eau, d’un lac artificiel. En effet, la construction du campus au sein d’un site en partie boisé entraine la volonté de préserver cet espace pour que la nature subsiste, associée au nouveau bâti.

Princeton

Ce choix de conserver et de mettre en valeur l’aspect naturel peut rapprocher le campus d’Orléans de celui de l’université de Princeton, construit aussi au sein d’un espace forestier fourni et au travers des différents agrandissements que connaitra le campus notamment avec la création d’un lac. Ce campus situé dans le New Jersey, construit à partir du milieu du XVIIIe siècle a, au fil de ses agrandissements, délaissé en partie le modèle anglais, même si les éléments les plus anciens du campus font exception et sont caractérisés par des codes architecturaux symétriques et peu ouverts sur l’extérieur.

Vue du campus de Princeton, des bâtiments les plus anciens au centre, des extensions et du lac artificiel (lac Carnegie) – 2021 – © Department of Sociology, Princeton University

Ce site du New Jersey, même s’il n’est pas contemporain du campus d’Orléans, étant âgé aujourd’hui de plus de trois cent cinquante ans, semble pertinent à mettre en parallèle du campus loirétain. En effet, des similitudes peuvent être soulignées telles que la présence à Princeton de bâtiments davantage distincts les uns des autres construits lors des extensions du campus, tels des archipels disséminés au sein d’un grand espace arboré, comparables à ceux du campus d’Orléans où les « archipels » sont liés à une discipline ou une composante.

Stanford

La construction de pôles distincts les uns des autres n’a pas empêché l’architecte du campus d’Orléans de concevoir du lien entre les bâtiments. Effectivement, nous pouvons comparer la conception de certains aspects du campus avec d’autres sites comme le célèbre campus de Stanford situé en Californie. Véritable espace autonome composé d’infrastructures notables, conçu à la fin du XIXe siècle, son architecture a inspiré de nombreux campus. Le rapprochement avec Orléans peut être effectué notamment avec les galeries et passages couverts qui relient certains bâtiments entre eux et permettant aux étudiants une circulation plus fluide et surtout une « unité visuelle » générale. Voici deux exemples présents sur le campus d’Orléans.


Chaque campus possède des traits architecturaux propres, liés à l’adaptation à un environnement précis, témoignages d’une époque et d’une histoire propres, révélatrices de volontés politiques et d’impératifs parfois d’ordres sociaux et économiques.

En ce qui concerne la France, demeurent des ensembles patrimoniaux bâtis dans une période de grandes mutations démographiques, économiques et architecturales.


Des inspirations américaines aux « campus à la française »


De nombreux campus et sites universitaires vont naître dans les années 1960 dans un contexte de « massification » comme les campus d’Orléans, de Grenoble, de Bordeaux ou encore de Toulouse. A cette époque, il n’existait pas en France ce genre de « ville université » que l’on trouve aux Etats-Unis, en Angleterre ou en Allemagne avec l’université d’Heidelberg. Leur conception s’inscrit dans une planification permettant la construction de sites qui seront dotés d’une architecture industrialisée mais qui ne sera pas la reproduction d’un modèle unique sur tous les campus. Il s‘agit plutôt d’encourager à la construction de bâtiments non standardisés mais possédant une unification, « une conception d’ensemble » et un aménagement organisé associé à la préservation et la mise en relief d’un espace naturel boisé voire aquatique.

 Toutefois, ce mouvement de construction de campus en France va se heurter à plusieurs difficultés. En effet, ils ne réalisent pas autant d’interactions avec les villes auxquelles ils sont rattachés et les différents bâtiments éparpillés sur le campus pèchent par manque de lien entre eux.

Campus français : des similitudes architecturales et une « tendance moderniste »


Le campus d’Orléans, dans sa conception tant architecturale que naturelle, peut être rapproché d’autres sites comme le campus de Grenoble, établi au début des années 1960, sur un site situé au nord de la ville, à Saint-Martin-d’Hères.

L’exemple grenoblois

Les premiers bâtiments construits sont conçus pour accueillir en premier lieu les facultés de sciences au sein d’un véritable paysage, à la fois urbain par l’aménagement d’un campus avec des bâtiments placés sur tout l’espace, conçus de façon imposante et massive en béton, tout en étant situés et ouverts sur un espace naturel remarquable. Le projet du campus grenoblois ressemble à plus d’un titre à celui d’Orléans – La Source du fait du choix d’une architecture imposante pour certains bâtiments universitaires et parce que l’influence d’Olivier-Clément Cacoub est présente sur les deux sites. Ambassadeur du brutalisme, il a notamment conçu, entre 1965 et 1969, l’amphithéâtre Louis Weil ou encore la bibliothèque universitaire de sciences. Les bâtiments sont aussi conçus pour rappeler l’environnement majestueux qui entoure le campus, à savoir les Alpes et le format massif choisi pour les constructions peut également rappeler les montagnes aux alentours. Ce choix a aussi été opéré pour certains bâtiments du campus orléanais grâce à des rappels subtiles à l’environnement forestier par exemple.


Par ailleurs, les campus orléanais et grenoblois ont bénéficié du plan « U2000 », un schéma de modernisation des universités françaises, notamment des sites construits dans les années 1960 permettant aux campus de passer une nouvelle étape d’aménagement et d’agrandissement du site pour répondre à l’augmentation du nombre d’étudiants. Ce plan va entraîner par exemple la construction de nouvelles bibliothèques, l’extension des différents pôles et l’arrivée du tramway reliant les campus au centre-ville. C’est une nécessite pour s’adapter aux flux d’étudiants toujours plus nombreux à partir des années 2000 et aussi à un enjeu d’attractivité de ces sites universitaires bâtis pendant les Trente Glorieuses qui continuent à évoluer encore aujourd’hui.

Vous trouverez la bibliographie utilisée pour cet article ici.




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